LLL Aujourd’hui #5 – Pourquoi assister à des réunions LLL ?

Pourquoi assister à des réunions LLL ? Qu’y trouve-t-on qu’on ne trouve pas ailleurs ?

Dans une société où presque toutes les femmes allaiteraient, la nécessité de groupes de soutien ne se ferait pas ou plus sentir. Car, à la limite, dans ce cas, ce serait toute la société qui serait un groupe de soutien. La femme qui accoucherait de son premier enfant aurait toujours vu autour d’elle, depuis sa plus tendre enfance, des femmes allaiter : les femmes de sa famille, ses voisines, ses amies, ses collègues de travail. Elle trouverait spontanément, parce qu’elle les aurait vus faire, les bons gestes, les bons rythmes. Elle ne se poserait pas de questions à propos de la qualité ou de la quantité de son lait.

Au contraire, une femme qui n’aura pratiquement jamais vu de bébé allaité avant d’accoucher – ce qui est le cas de la majorité des nouvelles mères dans les sociétés occidentales – risque par ignorance d’adopter des conduites d’allaitement qui la mèneront tout droit à l’échec.
D’où l’utilité des groupes de mères, reconnue depuis plusieurs années par les instances internationales comme l’UNICEF et l’OMS.

Ce quon y trouve

Tout d’abord, on y trouve des informations, qu’on soit primipare ou qu’on ait rencontré des difficultés d’allaitement pour ses aînés, difficultés qu’on ne souhaite pas reproduire pour un nouvel enfant. Ces informations, on ne les a pas trouvées ailleurs, ou elles sont de nature différente.
Ensuite, on peut y trouver l’expérience d’autres femmes ayant vécu une histoire qui ressemble à la sienne : bébé prématuré, naissance par césarienne, jumeaux, etc.

Surtout, on y sera écoutée sans être jugée, par des femmes qui ne représentent pas un pouvoir, mais une sorte de communauté fraternelle.
La base des groupes de soutien à l’allaitement, c’est l’aide de mère à mère (ou de pair à pair).
L’aide de mère à mère, c’est une oreille attentive, un sourire de compréhension, la réassurance de la normalité de son vécu.
Nous vivons dans une société où il est considéré comme normal de laisser pleurer son bébé plusieurs nuits de suite pour qu’il « fasse ses nuits », où l’on conseille aux parents de laisser leur bébé le plus tôt possible pour « retrouver une vie de couple », etc. Si les parents n’ont pas envie de ça, si leur bébé se réveille encore la nuit à 3 mois, s’il semble avoir besoin d’être souvent dans leurs bras voire au sein, ils vont se demander s’il n’y a pas un problème quelque part, si leur bébé et eux sont bien normaux. D’autant que, très souvent, leur entourage va leur renvoyer que justement non, ce n’est pas normal, que c’est même peut-être bien pathologique (« ton lait n’est pas suffisant », « ce bébé est trop dépendant de toi », etc.). Rencontrer dans les réunions d’autres parents et d’autres bébés qui se comportent comme eux et leur bébé, va les rassurer et les conforter dans ce qu’ils font. Entendre d’autres parents dire : « Mon bébé faisait ça aussi au même âge » leur permettra de voir qu’il ne s’agit pas d’un problème mais d’un comportement normal du bébé, à condition qu’on ait respecté ses besoins au lieu de chercher à le dresser.
Il arrive souvent que les parents arrivent au début de la réunion avec une série de questions par rapport à ce qu’ils pensent être des problèmes, et qu’à la fin de la réunion, sans même avoir posé leurs questions, simplement d’avoir entendu les échanges entre les parents, ces questions se soient évanouies parce qu’ils se sont rendu compte que ce qu’ils croyaient être des problèmes n’en sont pas !

L’aide de mère à mère, par l’écoute qu’elle offre, encourage les mères à décider elles-mêmes de ce qui est le mieux pour elles et leur bébé. Et même si elles n’arrivent pas à trouver de solution immédiate à leur problème, le groupe est source de réconfort et d’empathie : dans une telle situation, le simple fait de pouvoir parler de ses difficultés en ayant la certitude d’être écoutées peut être ce qui permettra aux mères de les vivre avec une certaine sérénité.

L’allaitement et le maternage s’apprennent par l’exemple. Une mère qui n’a personne comme modèle, personne avec qui comparer son vécu et ses sentiments sur l’allaitement aura beaucoup plus de difficultés pour allaiter. Si elle connaît une ou deux personnes qui ont allaité, elle aura déjà une meilleure information. Mais cette information sera par force limitée à l’expérience personnelle des personnes en question. Alors qu’un groupe, surtout s’il fait partie d’une organisation internationale existant depuis plusieurs dizaines d’années, peut offrir des informations et un soutien basé sur l’expérience de milliers et de milliers de personnes, et donc proposer aux parents des modèles différents parmi lesquels ils auront toute latitude de choisir ce qui leur semblera le plus approprié à leur cas personnel et à celui de leur bébé.

Assister à des réunions de partage d’expérience permet d’aborder des domaines très variés, que les mères n’oseraient peut-être pas aborder avec un professionnel de santé de peur de lui faire perdre son temps. Si elle sait ses préoccupations susceptibles d’être partagées par d’autres, une mère pourra aborder des sujets aussi variés que : comment arriver à se reposer suffisamment après l’arrivée du bébé, comment tirer son lait à la main ou avec un tire-lait, comment intégrer les tétées dans la vie quotidienne, comment boire et manger quand on allaite, etc.
De plus, la variété des personnes présentes, la diversité des âges des bébés, fait que chacun va être amené à se poser des questions sur des conduites auxquelles il ou elle n’avait jamais songé auparavant. Par exemple, une femme enceinte de son premier enfant assistant à sa première réunion, y verra un ou deux bambins toujours allaités, ou une mère qui continue à allaiter alors qu’elle a repris son travail.

Empowerment

Un autre intérêt des groupes de mères, c’est l’augmentation de la confiance en soi qu’ils induisent chez les nouveaux parents.
Une nouvelle mère est souvent très vulnérable aux avis d’autrui. Et tout le monde se sent autorisé à lui donner son avis justement ! Fais ceci, ne fais pas cela… Avis souvent contradictoires qui plus est. Le groupe de mères au contraire ne donne pas d’avis, ne fait pas de prescription, il donne des pistes possibles, des façons de faire qui ont marché pour tel ou tel. Au parent d’observer son bébé et de voir ce qui marche bien pour lui. Le groupe de mères et sa personne-ressource donnent à la mère sa place d’experte en ce qui concerne son propre bébé. C’est elle qui sait le mieux ce qui lui convient.
De plus, une mère qui revient régulièrement aux réunions mois après mois parce qu’elle continue à y trouver un bénéfice, finit sans s’en rendre compte par se trouver dans la position de celle qui aide les autres parents. Elle aussi se retrouve à faire de l’aide de mère à mère. Et cela aussi est très valorisant pour elle.

Comment ça marche ?

Les réunions ne sont ni des conférences ni des cours. Il s’agit d’échanges, de partages d’expériences. La personne-ressource est une mère parmi les autres. Elle lance la discussion, veille à ce que tous les parents qui souhaitent parler puissent le faire. Elle donne aussi des informations, mais en aucun cas elle n’est celle qui sait par rapport aux autres qui ne sauraient pas. Elle renvoie sans cesse les parents à leur propre choix. Elle ne donne pas de réponse toute faite, mais aide les parents à trouver leur propre solution. De même, aux difficultés des unes, d’autres répondent en partant essentiellement de leur propre expérience.
La personne-ressource est une mère qui a elle-même une bonne expérience d’allaitement avec au moins un de ses enfants. Elle s’est formée en matière d’allaitement, d’écoute et de dynamique de groupe auprès de personnes-ressources expérimentées.
C’est son expérience de mère allaitante qui compte, plus que ses connaissances théoriques (même si elle s’appuie sur la masse de connaissances accumulées par l’organisation).
La personne-ressource donne des informations, pas seulement théoriques mais aussi pratiques. Elle ne donne pas de conseils, elle ne fait pas de prescription. Face à la question d’un parent, elle va donner toute l’information dont elle dispose sur le sujet, elle dira que pour beaucoup de parents, telle chose a marché, que d’autres se sont bien trouvés de faire de telle façon, mais elle ne dira jamais : faites ceci, ne faites pas cela.

Le soutien que peut apporter une mère à une autre mère est d’une nature totalement différente du soutien prodigué par les professionnels de santé. Ces derniers sont dépositaires d’un pouvoir médical, et leur discours est de l’ordre de la prescription. Or en matière d’allaitement, la majeure partie des informations dont a besoin un parent est d’ordre pratique, non d’ordre médical.


Claude Didierjean-Jouveau, LLL France